Imagerie satellite, baleines et reconnaissance automatique

En lisant cet article sur BBC News | Science & Environment et ce billet sur Mashable, on apprend qu’il est désormais possible de recenser les baleines dans les océans, à l’aide d’images satellites d’hyper haute résolution et d’un logiciel capable, seul (mais créé à cette fin), de détecter les individus de ces géants marins.

Les résultats de cette première étude fascinante (et réussie!) utilisant l’imagerie satellite et la reconnaissance automatique ont été dévoilés le 12 février dernier par le Dr Peter T. Fretwell, dans le journal PLOS ONE. S’il s’agit certes d’un premier pas, les travaux réalisés constitueraient un progrès immense pour estimer les populations de cétacés depuis l’espace et pour suivre leurs trajectoires sur un vaste territoire. Soulignons que les méthodes de recherche traditionnelles sont souvent bien plus coûteuses et risquées pour les scientifiques, en plus d’être davantage laborieuses.

Dans le cadre de leurs expérimentations, le Dr Peter T. Fretwell et son équipe ont recensé les baleines franches australes, dans le Golfo Nuevo de la Péninsule Valdés, à l’aide du WorldView-2, un satellite développé par Digital Globe, lancé en 2009 et reconnu pour sa précision et sa puissance. On peut apprécier ses caractéristiques techniques ici, tandis que sur une fiche descriptive du satellite, on peut  lire:

«The WorldView-2 system, offering incredible accuracy, agility, capacity and spectral diversity, allows DigitalGlobe to substantially expand its imagery product offerings to both commercial and government customers.» – Digital Globe

En plus d’images prises à partir du satellite, des logiciels de traitement d’image et de détection automatique ont été mis à profit par l’équipe de chercheurs.

Les résultats impressionnent: le système automatisé qui a été développé permet de détecter 89% des individus qui pourraient être comptés «manuellement» par l’humain. Bien entendu, les conditions météorologiques et la profondeur à laquelle se trouve chaque baleine franche australe, entre autres, peuvent avoir une incidence sur les résultats, mais sans doute dans une moindre mesure que lors de travaux réalisés de manière traditionnelle.

Certes…

Les travaux du Dr Fretwell sont inspirants et porteurs d’espoir. Avec les technologies qui ne cessent de se raffiner et les exigences humaines toujours plus poussées, il est indéniable que satellites et logiciels continueront aussi de s’améliorer: la résolution des images et la précision des analyses automatisées deviendront de plus en plus spectaculaires. À cet effet, le WorldView-3 sera, si la tendance se maintient, lancé cette année.

À plus long terme, il pourrait être possible de suivre et de recenser d’autres espèces dans d’autres types d’habitats, et ce à travers le globe. La méthode d’observation gagnera assurément en efficacité. Bonne nouvelle diront certains: les scientifiques seront enfin en mesure de surveiller des populations menacées pour mieux être en mesure de les protéger.

Petit bémol… Malgré les possibilités infiniment nobles qu’offrent un tel outil – entre autres la protection des écosystèmes, de la faune et des espèces menacées -, il ne faut pas omettre que tous n’ont pas nécessairement la même grandeur d’esprit… Un outil aussi puissant et précis me semble posséder un potentiel redoutable. Les usages pourraient être multiples – qu’il s’agisse d’instrument de surveillance, de chasse ou d’une arme -, parce que la science et les innovations technologiques ne sont pas nécessairement exclusivement réservées aux équipes de chercheurs. Et on se souviendra de toute la controverse entourant Google Street View…

Le perfectionnement à l’extrême d’un tel outil susciterait de nombreux questionnements quant aux limites et à l’éthique de son utilisation. Dans un monde où la technologie est, c’est ce que l’on souhaite, au service de l’humain, n’oublions pas qu’une quantité astronomique de données sont stockées. Bien que nous l’acceptions souvent, sommes nous conscients de l’ampleur des données et informations que nous générons? Et quel pourrait être l’impact sur nos vies si toute analyse devient un processus automatisé?

Cela dit, il est également possible que ma perception soit affectée par le visionnement frénétique de vieux films de la série James Bond, effectué tout récemment… 

3 réflexions sur “Imagerie satellite, baleines et reconnaissance automatique

  1. martinlessard dit :

    Croyez-vous que l’innovation présentée ici est dans l’exploit technologique de la résolution des photos ou dans l’interprétation des données? Est-ce pcq on a utilisé des moyens qui sont nouveaux/récents ou est-ce la rencontre de deux techniques déjà existantes? Croyez-vous que les dangers éthiques que vous évoquez ont une ampleur exceptionnelle particulièrement en ce moment et plus qu’auparavant?

    Pouvez-vous élaborer une réponse à une de ses questions?

  2. […] la suite de mon dernier billet, Martin Lessard, enseignant du cours CRM809 sur les enjeux des technologies émergentes, soulevait […]

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